dim. Juin 13th, 2021

La spectaculaire arrestation du jeune journaliste Roman Protassevitch a provoqué une onde de choc au sein de la communauté biélorusse réfugiée en Lituanie, en Pologne et en France.

Les exilés biélorusses se savaient déjà constamment surveillés. Ils avaient peur pour leur sécurité, mais ce sentiment s’est renforcé et depuis l’arrestation de Roman Protassevitch, dimanche 23 mai, ils craignent pour leurs vies. Selon eux, le détournement du vol Ryanair reliant Athènes à Vilnius pour arrêter ce journaliste de 26 ans constitue un tournant dans la stratégie du président Alexandre Loukachenko à l’encontre de ses opposants. « Le message est clair : ‘Quel que soit l’endroit où vous vous trouvez, nous vous combattrons’. Loukachenko veut montrer que quiconque soutient les manifestations et l’opposition n’est pas en sécurité. Qu’il soit activiste, journaliste ou défenseur des droits humains », analyse Oleg Kozlovsky, chercheur pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale pour Amnesty International.

Jointe par téléphone, la journaliste Bella Fox, réfugiée à Vilnius (Lituanie) depuis novembre dernier, ne cache pas sa nervosité : « Jusqu’ici, je me sentais plutôt en sécurité. Mais maintenant, je me dis qu’à tout moment la police peut venir me chercher, des représentants du gouvernement ont fait des menaces explicites à l’encontre des opposants. C’est terrifiant. » La jeune femme est d’autant plus traumatisée qu’elle a été kidnappée en octobre par le KGB − les services secrets biélorusses − puis retenue en prison pendant dix jours avant d’être relâchée. Elle travaillait alors pour le Press Club Belarus, une plateforme pour le développement des médias et les journalistes indépendants biélorusses. « Quand je suis rentrée, la police est venue sonner chez moi et chez mes voisins, en demandant s’ils m’avaient vue récemment. J’ai ensuite reçu un courrier me demandant de me rendre au tribunal le plus proche de chez moi, à Minsk. J’ai compris que j’allais être arrêtée de nouveau », raconte-t-elle à franceinfo. Ses collègues lui ont alors conseillé de quitter le pays, ce qu’elle a fait le 5 novembre. Quelques jours après, ses confrères ont tous été arrêtés. « Ils sont en prison depuis sept mois et attendent leur procès. Ils risquent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Je suis soulagée d’être partie à temps », confie-t-elle, la voix tremblante.

Comme Bella Fox, de nombreux opposants ont trouvé refuge dans les pays voisins. Car après la réélection très contestée du président Loukachenko, le 9 août 2020, la Biélorussie a été secouée par un mouvement de manifestations sans précédent. Face à la violente répression gouvernementale, des milliers de protestataires ont été arrêtés et de nombreux autres ont dû fuir le pays, entraînant une vague d’exils pour qu’ils se mettent en lieu sûr ou parce qu’ils « ne voyaient aucune possibilité pour leur avenir en Biélorussie », analyse Oleg Kozlovsky. Selon lui, deux types d’opposants sont particulièrement ciblés par le gouvernement : il y a d’une part toutes les personnes connectées à la principale opposante, Svetlana Tikhanovskaïa, « et notamment ses proches conseillers ». D’autre part, l’ensemble des blogueurs et journalistes. Il cite notamment Stepan Putilo, jeune fondateur de la chaîne Telegram d’opposition Nexta, dont le nom figure en haut de la liste des « individus impliqués dans des activités terroristes », au côté de celui de Roman Protassevitch, l’ancien rédacteur en chef de cet influent média. Tous deux risquent la prison à vie.

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